La musique nigériane

Fondements traditionnels

La musique nigériane repose sur un socle de percussions et de chants rituels propres à chaque région. Le tambour parlant yoruba, dont la tension des cordes permet d'imiter les inflexions de la langue, accompagne les cérémonies et les cours royales. Dans le Nord, les orchestres de trompes et de tambours haoussa marquent les entrées des émirs, tandis que les répertoires igbo associent xylophones, flûtes et chants de travail.

Highlife, juju et fuji

Le highlife, venu du Ghana, s'implante dans les années 1950 et connaît un grand succès dans le Sud-Est. Bobby Benson est le premier chef d'orchestre nigérian à obtenir une notoriété nationale, et le titre Sweet Mother de Prince Nico Mbarga s'est vendu à plus de 13 millions d'exemplaires. Le juju naît quant à lui dans les années 1920 de la musique dite du vin de palme et s'épanouit avec King Sunny Ade et Ebenezer Obey. L'apala de Haruna Ishola puis le fuji de Sikiru Ayinde Barrister prolongent une veine vocale yoruba de tradition musulmane.

Fela Kuti et l'afrobeat

Fela Anikulapo Kuti (1938-1997) invente l'afrobeat en associant les rythmes yoruba, le highlife, le jazz et le funk. Ses morceaux, souvent longs de plus de 10 minutes, portent une critique frontale des pouvoirs militaires de son époque. Sa disparition en 1997 provoque un deuil national d'une ampleur inédite. Ses fils Femi et Seun Kuti font vivre ce répertoire, et le New Afrika Shrine, ouvert à Lagos par sa famille, reste un lieu de mémoire.

Afrobeats et scène actuelle

Depuis les années 2010, l'afrobeats, à ne pas confondre avec l'afrobeat de Fela Kuti, s'impose comme l'un des courants les plus écoutés au monde. Wizkid, Davido et Burna Boy en sont les figures principales. Burna Boy remporte en 2021 le Grammy Award du meilleur album de musique globale pour Twice as Tall, et le titre Essence, interprété par Wizkid avec Tems, ouvre les classements américains aux artistes nigérians. Tems, Asake, Rema et Ayra Starr confirment cette percée.

Diffusion et industrie

Lagos concentre les studios, les labels et les radios qui structurent le marché. Les plateformes de streaming ont accéléré l'exportation d'un répertoire longtemps diffusé par cassettes et par disques compacts, au point de faire de la musique l'un des principaux vecteurs d'influence culturelle du pays.