La littérature nigériane
Traditions orales et premiers écrits
La littérature nigériane plonge ses racines dans un vaste répertoire oral. Les poèmes de louange yoruba appelés oriki, les récits épiques haoussa et les contes igbo se transmettaient de génération en génération avant l'apparition de l'imprimé. Dans le Nord, la tradition écrite en langue haoussa recourt depuis plusieurs siècles à l'alphabet arabe adapté, dit ajami. Amos Tutuola ouvre la voie du roman moderne avec L'Ivrogne dans la brousse, publié en 1952, qui transpose en anglais l'imaginaire des contes yoruba.
Génération de l'indépendance
Chinua Achebe (1930-2013) donne au pays son livre le plus lu avec Le Monde s'effondre, paru en 1958. Le roman raconte la rencontre entre une communauté igbo et la colonisation britannique, et il a été traduit dans des dizaines de langues. Autour de lui se forme une génération qui interroge la construction nationale. Cyprian Ekwensi décrit la vie urbaine de Lagos, Flora Nwapa publie Efuru en 1966 et devient la première romancière nigériane reconnue à l'étranger, tandis que Buchi Emecheta explore la condition des femmes entre Lagos et Londres.
Wole Soyinka et la reconnaissance internationale
Dramaturge, poète et essayiste né en 1934, Wole Soyinka reçoit le prix Nobel de littérature en 1986 et devient le premier écrivain africain distingué par cette académie. Son théâtre, dont La Mort et l'écuyer du roi, mêle la tragédie grecque aux rituels yoruba. Ken Saro-Wiwa, écrivain et militant du delta du Niger, connaît un destin très différent puisqu'il est exécuté en 1995 après un procès qui suscite une vive protestation internationale.
Voix contemporaines
Ben Okri obtient le Booker Prize en 1991 pour La Route de la faim. Une génération plus jeune s'impose ensuite sur la scène mondiale. Chimamanda Ngozi Adichie publie L'Hibiscus pourpre en 2003, L'Autre Moitié du soleil en 2006 puis Americanah en 2013, et ses essais sur le féminisme rencontrent un large public. Teju Cole, Helon Habila, Chigozie Obioma et Akwaeke Emezi prolongent cette dynamique.
Langues d'écriture
L'anglais domine l'édition nigériane et assure sa circulation internationale. Des littératures en langues nationales existent néanmoins, notamment l'œuvre romanesque de Daniel Olorunfemi Fagunwa en yoruba et une abondante production populaire en haoussa. Les festivals littéraires de Lagos et de Port Harcourt, ainsi qu'un réseau d'éditeurs locaux, soutiennent la relève.